LIONEL
CAGNIART-LEROI

PSYCHOLOGUE à Paris
CLINICIEN - DU TRAVAIL

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Libres d'Obéir

 

LIBRES D'OBEIR.
Le management, du nazisme à aujourd'hui.
nrf Essais Gallimard
Sortie 09 février 2020. 176 pages, 118 x 185 mm


Un livre qui vous transporte d'une époque à une autre, en l'occurrence du IIIe Reich à aujourd'hui. Saisissant, glaçant, flippant.

Reinhard Höhn (1904-2000) est l'archétype de l'intellectuel technocrate au service du IIIe Reich. Juriste, il se distingue par la radicalité de ses réflexions sur la progressive disparition de l'État au profit de la « communauté » définie par la race et son « espace vital ». Brillant fonctionnaire de la SS – il termine la guerre comme Oberführer (général) –, il nourrit la réflexion nazie sur l'adaptation des institutions au Grand Reich à venir – quelles structures et quelles réformes ? Revenu à la vie civile, il crée bientôt à Bad Harzburg un institut de formation au management qui accueille au fil des décennies l'élite économique et patronale de la République fédérale : quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance, y ont appris, grâce à ses séminaires et à ses nombreux manuels à succès, la gestion des hommes. Ou plus exactement l'organisation hiérarchique du travail par définition d'objectifs, le producteur, pour y parvenir, demeurant libre de choisir les moyens à appliquer. Ce qui fut très exactement la politique du Reich pour se réarmer, affamer les populations slaves des territoires de l'Est, exterminer les Juifs.
Passé les années 1980, d'autres modèles prendront la relève (le japonais, par exemple, moins hiérarchisé). Mais le nazisme aura été un grand moment managérial et une des matrices du management moderne.

Pourquoi j'ai dévoré ce livre :

Extraits :

Juristes, universitaires et hauts fonctionnaires du IIIe Reich ont élaboré une conception du travail non autoritaire, où l'employé et l'ouvrier consentent à leur sort dans un espace de liberté et d'autonomie a priori bien incompatible avec le caractère illibéral du IIIe Reich, une forme de travail « par la joie » qui a prospéré après 1945 et qui nous est familière aujourd'hui, à l'heure où l'« engagement », la « motivation » et l'« implication » sont censés procéder du « plaisir » de travailler et de la « bienveillance » de la structure.
Assuré de l'autonomie des moyens sans pouvoir participer à la définition et à la fixation des objectifs, l'exécutant se trouvait d'autant plus responsable – et donc, en l'espèce, coupable – en cas d'échec de la mission.

Dans sa grande sagesse, le « Führer » prend un « décret de simplification de l'administration ».
« J'attends de toutes les administrations une activité sans relâche ainsi que des décisions rapides, libérées de toutes les inhibitions bureaucratiques. » Un choc de simplifications en deux pages, et quelques mots explicites : réductions des délais, accords tacites, levées des contrôles, initiatives personnelles et locales, réduction des droits et des voies de recours de l'usager…

Aujourd'hui nous parlons volontiers de « forces vives » et de « libération des énergies » contre les « normes » et les « charges » qui les entravent.

Au terme de Parti, la langue nazie préfère celui de « mouvement ». Le mouvement épouse la dynamique de la vie et de l'histoire, tandis que l'État, trop fidèle à son étymologie, est un status, une institution stable et statique, qui ne peut accompagner le flux des initiatives et des décisions à prendre et qui, au pire, les entrave…
La genèse de l'État a donc été une catastrophe pour la race germanique…
La seule entité véritablement pérenne, stable au sens du stare latin, la seule existence appelée à se perpétuer et à se projeter dans l'éternité, ce n'est pas l'État, artefact créé par les Juifs, mais la race, réalité biologique infrangible.

Ce qui assure le fonctionnement de la « machine » n'est pas le consentement, l'adhésion ou l'enthousiasme, mais la « peur de la sanction ». La longue histoire de l'autorité et de la sujétion se confond avec l'histoire de l'État.

On ne gouverne plus, on guide…

L'unité, innée et spontanée, du peuple allemand, ne peut être niée ou détruite par ces prêcheurs de mensonges et de divisions que sont les syndicalistes et les idéologues de gauche.

C'est librement que l'on adhère et que l'on travaille. Le IIIe Reich n'est donc pas un régime despotique…

Le syndicat unique, organisation corporatiste, met ainsi fin à la lutte des classes et aux stériles oppositions entre patronat et employés ou ouvriers…

Il faut rendre le lieu de travail beau et heureux… sont alors organisés des concerts de musique classique dans les ateliers des usines…. Un département est chargé de réfléchir à la décoration, l'ergonomie, la sécurité au travail et les loisirs sur les lieux de production. Étonnante modernité nazie : l'heure n'est pas encore aux baby-foot aux cours de yoga ni aux chief happiness officers, mais le principe et l'esprit sont bien les mêmes. Le bien-être, sinon la joie, étant des facteurs de performance et des conditions d'une productivité optimale, il est indispensable d'y veiller…

Des fonds publics sont dépensés pour améliorer l'éclairage, la ventilation, la nutrition des travailleurs, mais aussi pour créer des cantines, des salles de convivialité, des bibliothèques d'entreprise, des concours de jeux et de sport… L'ouvrier est également pris en charge en dehors de l'usine ou du bureau… par des randonnées dans la nature, des croisières maritimes ou des séjours dans des centres de vacances montagnards ou balnéaires… et aussi au cinéma, au théâtre, au musée…

Tout ceci ne vous rappelle rien ? N'avez-vous pas l'impression que cela parle de notre époque ?

 

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